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Info bière – Le dépanneur reprend son rôle d’origine … et fait des affaires en or – Bière

Que ferez-vous aujourd’hui si vous manquez de lait, de bière, de farine ou de ketchup? Comme c’est dimanche et que les supermarchés sont fermés, vous ferez sans aucun doute le saut au dépanneur … comme vous le faisiez il y a 30 ans. Un phénomène qui fait exploser les ventes des dépanneurs.



Marie-Eve Fournier
Marie-Eve Fournier
La presse

Depuis le début du mois d’avril, les propriétaires de dépanneurs ont l’impression de revivre les bonnes années d’avant 1992, date à laquelle les supermarchés avaient le droit d’ouvrir le dimanche.

“Je suis très bon. Nos ventes ont plus que doublé le dimanche”, a déclaré Albert Sleiman, propriétaire de quatre dépanneurs dans la région de Montréal. Ses ventes connaissent la même augmentation les soirs de semaine, dès que les supermarchés ferment leurs portes. Bref, l’augmentation hebdomadaire est “de 60 à 70%”.

Pour réussir à servir autant de clients, l’entrepreneur a été contraint d’embaucher du personnel supplémentaire, notamment pour les livraisons.

Il doit également lutter de “85 à 90 heures par semaine” car “c’est beaucoup plus compliqué” de garnir les étagères. Sleiman passe désormais des commandes à trois grossistes plutôt qu’à un seul, et malgré tout, il ne peut obtenir que 80% des marchandises qu’il souhaite acheter. «Je commande 150 articles et j’en reçois 50. Les fournisseurs travaillent avec de petites équipes. ”

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Dépanneur Laurion d’Albert Sleiman dans le quartier Saint-Henri à Montréal. Le propriétaire dit avoir du mal “85 à 90 heures par semaine” car “c’est beaucoup plus compliqué” de garnir les étagères.

Ailleurs dans la province, les propriétaires de dépanneurs vivent plus ou moins la même chose, confirme le directeur général de l’Association des dépanneurs et épiciers du Québec, Yves Servais. “Nous avons dû ajuster les stocks, nous adapter. […] Bien sûr, c’est notre affaire que les grandes chaînes ferment le dimanche. ”

Évitez les files d’attente à l’épicerie

Dans la région de Québec, Louis Tremblay doit composer avec des foules inattendues dans ses dépanneurs, et pas seulement le dimanche.

Le vendredi après-midi et le samedi après-midi sont aux heures de pointe. C’est fou ! Je dois mettre quelqu’un à l’entrée pour limiter le nombre de clients à 15.

Louis Tremblay

Étant donné qu’il est compliqué d’aller à l’épicerie, les consommateurs retournent dans les dépanneurs, analyse M. Tremblay. “Mes ventes de lait ont triplé, quadruplé ou plus”, dit-il. Je le stocke dans mes réfrigérateurs à bière. Avant, tout revenait dans mon frigo à lait. ”

«On dirait que les gens vont moins à l’épicerie parce qu’il faut faire la queue», croit également Charles Lemoyne, propriétaire d’un dépanneur à Saint-Boniface, en Mauricie. “Donc, s’ils ont juste besoin d’un article ou deux, comme un pot de mayonnaise, ils viendront au dépanneur.”

La bière et le vin sont particulièrement appréciés, «parce qu’il y a toujours une file à la SAQ» et parce que les gens boivent plus, présume M. Tremblay. Les ventes de pain ont également doublé dans ses magasins. “Je n’ai pas de département stagnant ou en déclin. Tout est en place!”

M. Lemoyne observe également que ses clients «se gâtent en achetant plus de chocolat et de confiserie» et que les plats cuisinés (il vend la marque M&M) sont plus populaires.

Sauce poutine, farine, soupe aux tomates

Les dépanneurs sont heureux d’accueillir plus de clients, mais aussi de vendre des aliments impopulaires, alors que ceux-ci offrent les meilleures marges bénéficiaires.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Albert Sleiman, propriétaire du dépanneur Laurion, dans le quartier Saint-Henri, à Montréal, note la popularité de la farine pendant l’accouchement.

“La farine est remarquable! Dit Sleiman. Et la levure, j’avais toujours trois ou quatre enveloppes dans le coin, mais là, je mets sur les étagères, et ça se vend tout de suite. Et ce que je ne comprends pas c’est le papier toilette. ”

Les croustilles augmentent de 35% et «même la cannage», qui ne se vend pas trop en temps normal, a commencé à «bouger», se réjouit M. Tremblay. «Nous vendons beaucoup de sauce poutine, maïs, pois. ”

Cependant, les établissements dont l’essence représente un pourcentage important de leurs ventes ont souffert depuis que le nombre de voyages a fondu, note M. Servais. D’un autre côté, les ventes de cigarettes ont bondi depuis la fermeture des «boîtes à tabac autochtones dans les réserves», explique-t-il. Certains dépanneurs voient leur chiffre d’affaires bondir de plus de 30%.

Quant aux billets de loto, qui sont revenus dans les dépanneurs après avoir été retirés du marché il y a quelques semaines, «ce n’est pas de la folie», soulignent Tremblay et ses collègues.

«Ici, c’est le cas, nous aidons comme dans les années 80», conclut M. Lemoyne, qui a commencé à vendre du sucre, des céréales et de la soupe aux tomates.