Info bière – “J’ai peur qu’ils nous laissent mourir” – Mousse de bière

18 h 24
, 18 mars 2020, modifié à
19 h 54
, 18 mars 2020

Près de la place de la République, les quelques Parisiens de la rue se pressent de courir ou de rentrer chez eux. Les têtes baissées pour beaucoup, cachées pour certains. Eymeric est au milieu du trottoir. Il a 40 ans, le visage bosselé par les quinze années qu’il a passées dans la rue. D’une part, sa bière peut, de l’autre un bol vide, tendu aux rares personnes qui ne la contournent pas. «Merde, ça craint, il souffle. J’ai compris que nous devions nous confiner, mais que faisons-nous? Comme d’habitude, ça “galère”.

Pour l’instant, nous n’avons pas de solution, je suis très inquiet

Avec les mesures de confinement et la fermeture des magasins, c’est “l’horreur”, explique-t-il. “Pour le moment, nous n’avons pas de solution, je suis très inquiet. Tout est fermé, nous ne pouvons même pas prendre de douche. J’ai des problèmes de santé, on ne m’a rien offert. J’ai peur qu’ils nous laissent mourir.”

Depuis mardi et le début des restrictions de voyage, les sans-abri sont dans une situation critique. Partout au pays, les garderies ferment. A Paris, où 3 500 personnes sont dans la rue, dix d’entre elles ont baissé le rideau. Cela est dû à l’enfermement des salariés et des bénévoles, aux problèmes de garde d’enfants et surtout au manque de protection qui inquiète les associations. “Nous avons demandé au gouvernement des masques mais ce n’est pas envisagé à court terme”, déplore Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) qui regroupe près de 800 structures sociales.

Dormir ensemble pour se réchauffer

La fermeture de ces centres marque la fin des services essentiels pour les plus défavorisés: laver, nettoyer ses affaires, accéder à l’eau mais aussi être informé des mesures de prévention. Mardi soir, aucune des nombreuses personnes livrées dans les rues désertes de la capitale ne savait ce qui était prévu. “Où devrait-on aller?” Soupire un homme allongé près du jardin des Tuileries. Nous n’avons pas trop d’informations, il semble que tout se fermera. ”

L’état de santé de ce public est particulièrement fragile. Il y aura de nombreux morts en cas de contamination massive

Ce mercredi matin, dans une rue du nord de la capitale, une trentaine assise sur un matelas posait les mêmes questions. “Je n’ai plus de téléphone. Pouvez-vous me dire ce qui se passe? Aurons-nous des endroits où aller si la situation empire?” Cette nuit-là, il a couché avec trois autres malades, tous collés à un porche pour lutter contre le froid. Surpopulation plus que dangereuse au milieu d’une épidémie. “L’état de santé de ce public est particulièrement fragile, prévient Florent Gueguen. Il y aura de nombreux morts en cas de contamination massive. Il y a aussi le risque de perdre le contact avec la population la plus fragile qui vit dans la rue, dans les camps ou en bidonvilles. “

Six gymnases et centres de “relâchement”

Afin d’endiguer la contamination probable de cette population à risque, des centres ad hoc dits de «relâchement» devraient ouvrir leurs portes dans tout le pays, au moins un par région. Objectif: “accueillir et isoler dans une seule pièce ou dans des espaces confinés des sans-abri diagnostiqués mais ne nécessitant pas d’hospitalisation”, selon un communiqué du ministère de la Solidarité. Deux seront lancés à Paris ce vendredi. Et du côté de la Ville de Paris, on est assuré que les sept centres de santé municipaux vont bientôt se mettre au travail pour soulager le 15.

Si nous n’avons pas de masque, ce sera sans moi

D’autres mesures sont prévues pour des logements plus «traditionnels». La pause hivernale a été prolongée de deux mois et avec elle, les espaces d’hébergement d’urgence. A Paris, la Mairie entend mettre à disposition quatorze gymnases. L’État et l’Agence régionale de la santé (ARS) n’en ont pour l’instant validé que six. Ils ont été conçus pour respecter les distances de sécurité et pourront accueillir environ 65 personnes. En plus de cela, cela ne sera pas suffisant pour toutes les personnes dans la rue, si les masques de protection et les places dans les crèches ne sont pas disponibles, il n’y aura pas le personnel nécessaire pour les garder. “Nous avons peur, glisse l’employé d’une association. Et si nous n’avons pas de masque, ce sera sans moi. Encore une fois, les sans-abri sont les oubliés.” Un autre volontaire se demande. “Certaines personnes ont des problèmes de dépendance ou psychologiques. Je ne vois pas comment les forcer à rester confinées.”

“Je ne sais pas ce que je vais manger”

Pour Eymeric, seul dans la République, une autre question est plus urgente. “En temps normal, la manche ou la ressource me permet de gagner quelque chose à grignoter, explique-t-il. Mais là, il n’y a plus personne à donner. Si ça continue, ce sera de la merde. Je ne sais pas ce que je ‘ je vais manger. “

Les travailleurs sociaux en contact avec les sans-abri devraient être considérés comme des soignants

Pour aggraver les choses, toujours pour les mêmes raisons, le secteur accuse une réduction des distributions alimentaires. Dominique Versini, l’assistante à la solidarité et à la lutte contre l’exclusion à Paris “travaille avec l’Etat pour un système de distribution alimentaire”. Cela devrait représenter 15 000 repas par jour. Et les cantines scolaires pourraient également être utilisées pour préparer des repas supplémentaires.

Mais ici aussi, le confinement général sera un problème. «Sans mesures en notre faveur, nous ne tiendrons pas, exhorte Florent Gueguen du SAF. Les assistants sociaux en contact avec les sans-abri doivent être considérés comme du personnel infirmier. Nous assurons l’assistance sociale.