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Bière artisanale – Crise sanitaire: toast des brasseries artisanales – Bière

Le nombre est stupéfiant. Les Brasseurs de France ont estimé qu’au moins 10 millions de litres de bière seraient détruits par les brasseurs français car ils ne pourraient pas être consommés à temps. Essentiellement en fait des bières artisanales, souvent non pasteurisées, très à la mode ces dernières années mais qui sont nettement plus fragiles que les grandes bières industrielles. “Si on les garde trop longtemps, lorsqu’ils dépassent deux à trois mois de conservation, les effets olfactifs et gustatifs, l’arôme disparaît”, explique Maxime Costilhes, délégué général du principal syndicat des brasseurs français.

Perte de chiffre d’affaires sans précédent

La crise est d’autant plus brutale pour le monde brassicole qu’il se remet depuis plusieurs années d’une longue période de récession et revit un nouveau printemps avec le développement spectaculaire de nombreuses brasseries artisanales. En quelques années, le nombre de brasseries est en effet passé en France d’une trentaine d’établissements à près de 2000 structures, principalement artisanales, qui ont insufflé un vent d’innovations et un regain d’intérêt des consommateurs pour la bière. Les consommations ont recommencé à augmenter dans tous les circuits depuis 5 ans.

Cette année, malgré les apéritifs Skype ou autres Whatsappéro, les ventes d’alcool sont en baisse globale en France depuis la mi-mars. Les cafés-hôtels-restaurants (CHR) sont complètement arrêtés, mécaniquement environ 30% des volumes des grandes brasseries disparaissent. Cependant, fortement implantées dans la grande distribution, elles bénéficient de la bonne santé des ventes de bière dans ce circuit qui selon IRI France ont augmenté de plus de 9% depuis le début du confinement (évolution globale des hypers, supers, supérettes et e-commerce).

Quant aux brasseurs artisanaux (moins de 200 000 hectolitres par an), seuls 20% sont présents dans les supermarchés et se retrouvent privés de leurs principales sources de débouchés comme les bars et les événements locaux. Certaines de ces brasseries constatent jusqu’à 90% de perte de chiffre d’affaires et se retrouvent particulièrement fragilisées alors que 60% d’entre elles ont été créées au cours des trois dernières années (il y a 450 créations en 2019 seulement). “Une entreprise sur trois est en grande difficulté” selon Jean-François Drouin, président du Syndicat des brasseurs indépendants.

Si les incertitudes sont encore fortes pour près de 150 000 débits de boissons et restaurants dont la date et les conditions de réouverture ne sont pas encore connues, la situation est encore plus grave pour les événements culturels et festifs, dont la plupart ne peuvent avoir lieu. cet été. Ces multiples festivals et rencontres d’été sont traditionnellement un débouché naturel pour les brasseurs artisanaux dont les organisateurs privilégient de plus en plus la production locale.

Entre solidarité et résistance du système D s’organise

Face à cette situation d’une gravité exceptionnelle, les brasseurs s’unissent, tentent de trouver de nouveaux canaux de distribution et appellent les consommateurs à l’aide.

Très offensant, le syndicat des Brasseurs de France a lancé une plateforme de solidarité et de collaboration “Solidarity tour” avec les consommateurs appelés à faire un don ou un prêt solidaire à leur brasserie artisanale préférée. De son côté, le Syndicat National des Brasseurs Indépendants (SNBI) communique sur un site «Brasseurs solidaires» une carte répertoriant tous les brasseurs «près de chez vous» qui accueillent les clients en voiture ou proposent des livraisons locales.

Car ce sont effectivement les livraisons directes à domicile qui se multiplient partout. En Ile-de-France, la plupart des brasseries ont lancé avec des packs spéciaux à partir de 24 bouteilles livrées en intra-muros. Les pulsions dans une troisième place regroupant plusieurs producteurs locaux se développent également favorisant la tendance générale à la consommation locavoriste.

Il y a aussi ces initiatives originales qui suscitent la curiosité comme ces brasseries montpelliéraines et leur pack «United Montpellier Brewers» ou ces Roubaisiens qui ont créé un calendrier de l’Avent revisité avec «18 bières locales pour les 18 jours qui nous séparent du 11 mai» ou ce Bar lillois qui a lancé la “Confinouze, la bière de confinement” dont le premier brassage de 1000 litres est parti très rapidement en une semaine …

Pas assez pour sauver une année 2020 qui aura pour toute l’industrie un goût aussi amer que celui d’un plan hop.